AMOUR
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2-AMOUR VERS L' AUTRE
3-1- AMOUR ET SERVICE ET "CHANGER LE MONDE ET LES AUTRES "
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2- L AMOUR POUR L AUTRE
L'Amour que vous devez avoir pour autrui doit être libre de tout attachement. Ne peuvent confondre Amour et attachement, ou bien les croire indissociables, que ceux qui manquent sérieusement d'introspection. Observez ce qui se passe en vous. Constatez lorsque vous souffrez d'une séparation, de telle ou telle attitude d'un être aimé, ou bien lorsque vous désirez que ceci ou cela arrive ou n'arrive pas que ce n'est pas de l'Amour qui se manifeste, mais de l'inquiétude, du désir, de la frustration et que tout cela n'est qu'un mouvement du mental. Mouvement accapareur et passionné que vous confondez abusivement avec l’Amour.
L'Amour en lui-même est un flux silencieux, qui trouve son bonheur et sa récompense dans sa propre expression. L'éloignement géographique, la mort ou la séparation, la conduite d'autrui, fut-elle particulièrement négative à notre égard, ne gêne aucunement l'amour. Certes, une telle attitude est étrangère à bien des habitudes, cependant qui apprend le pur Amour devient bientôt capable de l'étendre à toutes choses.
Nul doute qu'à première lecture certains trouveront le pur Amour, dégagé des mouvements mentaux de l'appropriation, de la convoitise, de l'inquiétude et de la frustration, impossible à pratiquer. Et cependant, quoi de plus simple il suffit de dépouiller l'Amour de tout ce qui ne lui appartient pas et se cache frileusement derrière ce mot. Il suffit de voir clair en soi-même. Ayez le courage d'observer et de constater, sans vous mentir, la différence qui existe entre l'Amour et la convoitise, entre le sentiment d'Amour et le sentiment de frustration, entre la plénitude de l'Amour et l'orgueilleuse jouissance de l'appropriation, entre la crispation inquiète et le flux chaud et généreux de l'Amour, il ne s'agit pas d'accepter conventionnellement une différence somme toute évidente. Il faut recenser et analyser, par une observation de soi-même intense, toutes les caractéristiques de l'irréductible différence. En la pleine perception de cette différence, l'Amour et les sentiments mentionnés se révèlent appartenir à deux ordres de réalité totalement différents. Seuls le manque d'intériorisation et les abus généralisés du langage et de la littérature ont permis de les confondre.
Apprenez à découvrir en vous-même qu'il y a des moments où vous aimez, et qu'il y en a d'autres où vous vous inquiétez, d'autres où vous convoitez et vous appropriez, d'autres encore où vous regrettez et souffrez. Le contenu de ces moments est totalement différent ; même si parfois les uns succèdent aux autres très rapidement. Admettez-le, et constatez-le.
Les moments d'Amour, de vrai Amour, ne sont meublés par aucun sentiment inférieur. Cessez de tricher avec le mot Amour, de tout excuser par lui, de tout recouvrir pudiquement de son manteau. Lorsque vous savez par l’observation de vous-même que le fait d'Aimer est complètement différent du fait de s'inquiéter, de convoiter ou de regretter, cessez de dire : je m'inquiète, je désire ou je souffre parce que j'aime. Cette justification est fausse. C'est comme si vous disiez : je parle parce que je ne me tais pas.
À tout moment vous avez la possibilité d'Aimer au lieu de vous inquiéter, convoiter ou regretter soyez honnête : inquiétude, convoitise et regret ne sont pas l'Amour et ne viennent pas de l’Amour. Ils viennent de l'ego, c'est l'ego qui veut posséder, qui souffre de la privation de possession et la redoute. L'Amour lui ne prend rien, il donne, il ne connaît aucune privation possible, car rien ne peut vous empêcher d'Aimer. Ni la séparation, ni le temps n'ont de prise sur l'Amour véritable sur l'Amour dépouillé des scories de l'ego, sur l'Amour éternel.
Comment Aimer notre ennemi, celui qui nous insulte, nous dénigre, nous agresse, nuit à ceux qui nous sont proches, ou nous trahit ? C'est une simple question d'entraînement, et le début de cet entraînement c'est l'Amour des objets. Par cet Amour, tel qu'il a été décrit, vous apprenez à aimer volontairement, chose qui vous était inconnue. Dès lors les clefs du coeur sont en votre possession, vous ouvrez les portes d'écarlate chaque fois que vous le désirez. Vous apprenez à Aimer pour le plaisir, sans rien attendre en retour, et voici que votre Amour se dépouille de l’égoïsme. Vous apprenez à Aimer des objets anodins et laids, et votre Amour ne dépend plus des attirances psychologiques. Lorsque ceci est obtenu le pas qu'il reste à franchir pour parvenir à Aimer vos ennemis d'une manière effective, n'est plus un plus de géant. C'est un petit effort supplémentaire. Un effort qui en sa répétition détruit les barrières de l'ego. Quand les barrières égotiques sont tombées, la spontanéité en pur Amour s'installe. À tout instant vous pouvez penser à quelqu'un ou le regarder et l'Aimer silencieusement. C'est l'homme qui convoite, s'approprie, regrette... Tous ces mouvements du mental humain ne sont pas l'Amour. Ils ne sont qu'apitoiement de l'ego sur lui-même ou avidité. Cela n'a rien à voir avec l'Amour qui est le don d'une effusion qui n'attend rien en retour. Discriminez de manière à bien distinguer les mouvements de souffrance, d'angoisse, d'avidité ou de désir du mental, de l'Amour lui-même. Sachez par l'observation introspective au sein de la vie quotidienne : ceci est une pure effusion Amoureuse ; ceci est une effusion Amoureuse accompagnée de la pensée ; ceci est une simple pensée utilisant le mot amour... Le jour où grâce à vos efforts de discrimination fréquemment rejetés, vous distinguez clairement ce qu'est le pur Amour dépouillé de tout mouvement du mental, vous commencez à réaliser que l'Amour dépasse l'homme. C'est quelque chose qui le traverse sans lui appartenir.
Apprendre le pur Amour c'est apprendre à Aimer sans cause ni raison, sans rien attendre, espérer, convoiter ou regretter. Sans non plus se préoccuper, de quelque manière que ce soit, du fait que notre Amour soit partagé ou non partagé, perçu ou non perçu par autrui. Aimer en s'immergeant entièrement dans la béatitude qui résulte du fait d'Aimer.
Pour bien comprendre en quoi consiste cet Amour suprême il faut nous poser la question fondamentale : qu'est-ce que l'Amour ?
Qui travaille à l'éclosion de son coeur selon la méthode indiquée s'aperçoit peu à peu que l'Amour est plus que la pensée. Il se peut qu'en ses balbutiements du début le néophyte confonde pensée et Amour. Pour lui aimer un objet par exemple, signifiera penser avec une charge affective plus ou moins grande : « j'aime cet objet ». Une telle bévue est très fréquente et parfois inévitable chez le débutant, elle se dissout cependant par une pratique persévérante. Au commencement la pensée peut être l'huissier qui frappe à la porte du coeur. Mais qui travaille au niveau du coeur s'aperçoit assez rapidement que la pensée « j'aime », et le fait d'Aimer, sont deux choses bien différentes. Quand vous pensez, « j'aime », vous ne faites que formuler quelque chose mentalement, avec plus ou moins de sincérité. Mais lorsque vous Aimez, que cela s'accompagne ou non de pensée, quelque chose de bien différent se produit : un courant indescriptible s'extravase de vous. Une fraîcheur vivifiante, une force enveloppante, une chaleur protectrice, une luminosité invisible, un baume apaisant, une allégresse communicative... Quelque chose, quelque chose de merveilleux sort de vous, et cela certes n'est pas de la pensée. La pensée peut susciter, enrober, accompagner l'Amour ou découler de lui, mais la pensée n'est pas l'Amour. L'Amour est un flux inexprimable et silencieux qui coule au travers de l'homme.
Celui qui progresse sur le sentier du coeur s'aperçoit que la pensée, qui au début pouvait constituer une aide, devient un obstacle. Il réalise que la pensée trahit l'Amour, le limite, l'étouffe. Il constate qu'en l'absence de toute pensée son Amour est plus fort, plus vaste, plus vrai, plus subtil et plus lumineux. Ainsi, peu à peu, il apprend à Aimer dans un silence intérieur total, et ce faisant, il dépasse le mental.
L'Amour, par une décantation subtile, doit se libérer de la pensée. Par cette décantation, celui qui ne connaissait peut-être que des pensées affectives parvient à l'expression d'une pure affectivité rendue vierge de toute formulation mentale. Apprendre à Aimer sans penser. Apprendre un Amour dans lequel s'éteignent les formulations mentales, constitue le summum de l'Amour. Initiez-vous à cet arcane : regardez autrui, ou bien évoquez mentalement son existence, puis désintéressez-vous de la pensée, et immergez toute votre attention dans l'ineffable qui de vous coule vers l'autre.
Émettre vers autrui la paix, la lumière spirituelle et la béatitude qui brille dans vous, c'est cela le suprême Amour. Ne pensez pas à la paix à la lumière ou à la béatitude, sentez qu'au-delà des formulations mentales « Cela » va vers autrui, qu'il soit ou non physiquement présent.
Celui qui s’éveille a la perception de la présence en lui-même de la Conscience Divine. Qui à chaque instant demeure en tant que le Témoin éternel, universel, transcendant, libre et inaffecté des pensées et des perceptions de l'homme. Celui qui réalise que sa propre Conscience, indépendamment de tout ce qui traverse le champ de sa perception, est indissociable de l'unique Conscience du Divin, connaît la suprême Béatitude. Lorsque cette Béatitude coule vers autrui, le suprême Amour se manifeste. Ce suprême Amour n'est pas dissociable de la Grâce Divine. Voici pourquoi celui qui apprend à Aimer sans penser devient un canal de la Grâce Divine qui déverse sa lumière sur le monde ; et travaille à la Rédemption universelle. Aussi longtemps que vous pensez : « j'aime », « j'aime comme ceci ou comme cela », « parce que ceci ou cela », c'est un homme qui éprouve des sentiments égotiques, et les projette vers l'extérieur.
Mais lorsque vous abandonnez la pensée et laissez l'ineffable Amour seul vous traverser ; c'est Dieu qui au travers de vous Aime l'homme, et la Création entière, sans aucune possibilité d'exclusive.
-3-1 AMOUR ET SERVICE ET "CHANGER LE MONDE ET LES AUTRES "
-Lorsque la capacité d'Aimer gratuitement tout ce qui vit pour le simple plaisir de l'Aimer aura été cultivée qu'allez-vous faire ?
Le monde est plein d'horreur et de purulence. Que pouvez-vous faire en face de toutes ces souffrances ?
Vous ne pouvez pas faire grand-chose. Le monde est ce qu'il est et vous n'avez pas le pouvoir de le changer. L'humanité, ce prolongement évolutif de l'animalité, est inévitablement pleine des violences et des égoïsmes animaux. En elle le psychisme émerge de l'animalité. En elle l'homme lutte et se débat avec ses propres contradictions. L'individualisation balbutiante, obscure et inférieure, le commencement d'individualisation égoïste, violente et vorace, obtenue chez certains animaux supérieurs doit s'épurer ; et s'engager dans la voie du devenir menant à une individualité accomplie libre, indépendante vis-à-vis des instincts et pulsions de l’espèce ou collectives. La naissance d'une individualité supérieure et lumineuse, tel est l'accomplissement de la condition humaine. Qui parvient à cet accomplissement ne revient plus ici bas.
Sauf exceptions souvent motivées par la compassion et la nécessité qu'il y a d'éduquer spirituellement les hommes. Les meilleurs s'en vont. I Après l'homme l'ange ou le dieu, tel est le devenir évolutif individuel du psychisme. Ne reviennent inlassablement en la condition humaine, de vie en vie successive, que les psychismes qui ne sont pas encore capables de s'épurer suffisamment pour dépasser cette condition. Dès lors comment l'humanité, ce nécessaire bac de décantation, ce bouillon tourmenté dans lequel s'opèrent les indispensables transmutations, pourrait-elle être différente de ce qu'elle est ?
Cependant, même si nous avons compris cela nous continuons à nous demander : « Que pouvons-nous faire ? »
Voici une première réponse. Une réponse toute simple, qu'il faudra mettre en pratique d'une manière effective avant de pouvoir aller plus loin. Cette réponse c'est la constatation suivante : vous pouvez apporter l'Amour autour de vous. Vous pouvez établir une zone d'Amour dans le cercle de vos relations. Après l'avoir cultivé en VOUS, vous pouvez manifester l'Amour. Aucun de nous ne peut changer le monde, mais chacun de nous est responsable d'un petit monde.
Vous pouvez apporter par votre affection du bonheur à votre conjoint et à vos enfants. À vos parents et à vos amis. C'est un programme concret. Qui ne l'applique pas reste au niveau d'une spiritualité verbale. N'osez pas parler d'initiation n'osez surtout pas vous prendre pour un initié, si vous n'êtes pas capable de faire cela ! L'initiation n'est pas le fait des grands discours. Elle se réalise par une pratique humble et sincère, dans le secret de l'intériorité. Élargissez, approfondissez, illuminez votre Amour vis-à-vis de ceux que vous côtoyez. Faites de ce qui n'était peut être que sentimentalité égoïste et attachée un Amour large, désintéresse, purgé de tout esprit possessif. Apprenez à Aimer pour le plaisir d'Aimer, puis ensemencez les fruits de l'Amour effectif, de l'Amour se traduisant par des actes. Multiples doivent être les attentions, les sollicitudes, les dévouements par lesquels vous devez instaurer autour de vous le règne de l'Amour. Instaurer ce règne dans votre famille, dans vos relations, dans votre travail et votre voisinage.
C'est une oeuvre de longue haleine, qui nécessite une volonté quotidienne, qui engage la totalité de vos attitudes. Mais c'est l’oeuvre qui vous incombe. Aussi longtemps que l'Amour ne vous est pas aussi naturel et spontané que la respiration, il faut faire effort pour Éveiller le coeur et transfigurer votre conduite à sa lumière.
Comprenez que vous pouvez apporter du bonheur à quelques personnes et que cela en soi est grandiose, soyez attentif, ne vous contentez pas de sentiments généraux, cherchez quotidiennement à manifester votre Amour à ceux que vous côtoyez. Non point par d'absurdes et grandiloquentes déclamations verbales, mais par la préoccupation concrète de ce qui fait leur bonheur. Ne vous projetez pas sur autrui. Demeurez attentif, l'autre est différent, ses aspirations ne sont pas forcément les vôtres.
Le véritable Amour donne, respecte l'indépendance et aide la croissance de tout ce qui est beau. L'amour erroné pollué par la projection égotique, s'approprie fictivement autrui, cherche à le façonner et à lui imposer une façon de voir. De l'Amour erroné viennent tous les sectarismes. Purgez-vous de son erreur. L'Amour erroné sert de prétexte à une volonté de puissance de l'ego, qui utilise fallacieusement le mot Amour. Bien que l'épanouissement spirituel soit la destinée finale de l'homme, ne peuvent y venir que ceux qui sont mûrs. L'homme, ce vicaire de Dieu, ne peut que contribuer à favoriser chez autrui l'épanouissement de ce que la Providence a déjà déposé en lui. Comprendre cela c'est cesser de se projeter sur autrui, en plaquant sur lui le reflet de nos propres aspirations, puis en s'imaginant stupidement que la meilleure chose qui puisse lui arriver est de les réaliser. Comprendre cela c'est savoir la nécessité qu'il y a de rester extrêmement attentif à l'autre, pour discerner la spécificité de sa différence. Acceptez et respectez la différence, même de ceux qui vous sont très proches. Engagez sur la voie spirituelle partagez votre spiritualité avec qui s'y trouve prédisposé, et Aimez les autres tels qu'ils sont, sans chercher à les convertir ; mais en aidant la croissance des caractéristiques positives qui leur sont individuellement propres.
Bien que l'expression concrète de l'Amour autour de soi constitue la base indispensable de tout authentique Éveil du coeur, nous ne pouvons en rester là. Nous ne pouvons limiter notre Amour des hommes à la petite et chaude aire de nos relations. Impossible de rester indifférent à ce qui se passe dans le monde. Nous voici sensibilisés à ce que toute catégorie d'homme peut subir. Que d'injustices, que d'atrocités nous font alors intérieurement frémir ! Notre coeur s'est ouvert, nous avons cassé le petit cocon douillet des préoccupations personnelles et égocentriques. Les souffrances de l'humanité sont nos souffrances. Aucune notion de race, de patrie, de religion, de classe sociale ou d'ethnie, n'enferme notre Amour. Nous aimons tous les hommes, et nous souffrons avec eux.
Vous aviez un petit coeur mesquin, hypocrite et morose, et voici que votre coeur devenant chaud, lumineux, vaste et généreux, atteint les dimensions du monde. Quelle force ! Quelle joie ! Quelle extase ! Quel poids ! Quelle détresse ! Que de tourments s'engouffrent en vous ! Acceptez-les, puis dépassez-les. La Lumière absorbe toujours les ténèbres. Votre coeur, qui était le champ où combattaient les joies et les souffrances personnelles, est devenu l'espace où s'affrontent les extases et les détresses collectives. Ouvrez votre coeur aux dimensions de l'humanité. Rien ne vous est étranger. Tout est en vous. Tout résonne en vous. Ouvrez votre coeur aux dimensions de l'humanité. Osez le faire sans crainte, puis en votre coeur devenu universel, faites triompher l'Amour.
La souffrance est un appel et inlassablement l'Amour répond. Qui devient torturé par les souffrances de l'humanité a atteint la réceptivité, mais n'a pas atteint le parfait Amour. Sa sensibilité autrefois enfermée dans l'ego englobe maintenant la terre entière. C'est une extension du moi, mais le moi existe toujours, et c'est pourquoi il souffre. Avec le dépassement du moi vient la fin de la souffrance. Lorsque vous avez compris que les souffrances de l'humanité sont vos souffrances, lorsqu'elles résonnent en vous, lorsque vous faites corps avec elles, réalisez, à la manière d'une déchirure que le fait de vous appesantir sur elles, de les ressasser, de les recenser, c'est une forme de complaisance envers vous-même. Envers ce vous-même, sentimentalement élargi aux dimensions de l'humanité. Voici pourquoi le stade d'homme de souffrance n'est qu'un préliminaire à celui d'homme d'Amour.
Vous souffrez parce que vous n'Aimez pas assez. Qui Aime dépasse complètement les souffrances personnelles et collectives. Il est absorbé par l'épanchement de son Amour. Les mouvements de son mental se dissolvent dans le rayonnement silencieux de son Amour. Lorsque les mouvements du mental s'arrêtent, il n'y a plus personne pour souffrir, car l'ego constitué par un ensemble de pensées d'identification, d'appropriation, de convoitise et de frustration, a disparu. Sans l'ego pas de souffrance. Puissiez-vous retenir cela et en tirer toutes les conclusions qui s'imposent. Chez celui qui se désintéresse de l'ego hystérique, pleurnicheur, vantard et possessif, pour immerger son attention dans l'Amour ; ce flot intarissable qui sort de lui porte sa conscience et plus il Aime, moins son attention s'attarde sur le fait de détailler morbidement, la nature de la souffrance individuelle ou collective. Chaque fois que votre attention s'enlise dans la souffrance, la convoitise ou l'angoisse, sortez-la du cloaque psychologique, et plongez-la dans la silencieuse effusion Amoureuse.
Qui souffre est passif, il subit. Qui Aime est actif, il donne. La souffrance d'autrui motive la compassion, mais s'attarder, impuissant, dans sa contemplation est une attitude stupide. Il faut noyer votre moi dans un fleuve d'Amour. Détournez-vous des pensées de désirs et de souffrances. Dans tous vos rapports réels ou imaginaires avec autrui, contentez-vous d'Aimer. Tout autre sentiment n'est qu'une distraction et un affaiblissement de l'Amour. Aimer et oubliez le reste. Que tous vos actes et toutes vos pensées adressés à autrui soient imprégnés d'Amour. Avec le désintérêt et le rejet de tout ce qui n'est pas imprégné et porteur d'Amour vient la fin de l'ego et le commencement de la plénitude. Devenez partie intégrante du baume éternel qui coule sur les plaies de l'humanité. Alors bien que les souffrances de l'humanité soient plus hautes que dix mille montagnes, absorbé dans votre Amour vous connaîtrez la paix intérieure ; tandis qu'extérieurement votre insertion dans la trame du temps aura pour but d'opérer les oeuvres concrètes de l'Amour.
Il faut agir, et la destinée de chacun désigne la place qu'il peut assumer pour contribuer concrètement, dans la mesure de ses moyens, au soulagement des souffrances de l'humanité. Par l’Éveil du coeur, la vie individuelle prend un sens. Qui cherche à participer au labeur collectif trouve sa place. Les oeuvres de l'Amour se rangent en deux catégories. Les oeuvres inférieures consistent à participer à l'amélioration des conditions de vie. Les conditions idéales étant celles où toutes les aspirations humaines trouvent leur épanouissement. Les oeuvres supérieures consistent à diffuser la connaissance spirituelle. Par les oeuvres inférieures, une amélioration et un soulagement momentanés peuvent être obtenus. Par les oeuvres supérieures, une libération définitive de la souffrance est octroyée. En aidant spirituellement quelqu'un, vous l'aidez au regard de l’Éternité. C'est pourquoi le don de la Vérité spirituelle, qui consiste à ouvrir le chemin vers la Vérité, surpasse tout autre don. Négliger les oeuvres temporelles est cependant une erreur, car il faut que l'homme soit établi dans les meilleures conditions d'existence possible, pour qu'aucune vocation ne se perde. Se laisser absorber par les oeuvres temporelles et négliger l'essentiel est également une erreur. Aimer intégralement l'homme c'est aimer ces deux aspects, son aspect temporel et son aspect éternel. Qui sait cela équilibre en son action les oeuvres inférieures et supérieures.
Lorsque le coeur est réveillé, les puissances qui gisent en lui se dressent. Vous devenez ce flot d'Amour éternel qui se déverse sur le monde, sur tous les êtres, et sur l'homme qui est en train de lire. Vous êtes Cela. Vous le devenez de jour en jour plus profondément. Plus votre sentiment d'être l'Amour lui-même se développe et s'intensifie ; plus vous savez d'une connaissance sûre et indiscutable que vous n'êtes pas cet homme auquel vous vous identifiiez autrefois ; et qui pour vous n'est plus qu'un objet de perception sur lequel se déverse votre Amour ; un objet de perception parmi des milliers d'autres.
L'Amour de cet homme, lorsque la conscience enfermée dans le psychisme s'y identifie, est cause de l'esclavage temporel. Mais lorsque l'Amour englobe tout l'univers, le fait d'Aimer cet homme comme un simple élément de l'ensemble, un élément vis-à-vis duquel toute identification est abolie, cet Amour-là est libérateur. En votre conscience d'exister, soit vous êtes un homme qui aime, et en ce cas c'est une ombre et un ruisselet d'Amour qui s'expriment. Soit, vous êtes l'Amour qui Aime le monde, ainsi que cet homme au travers duquel vous percevez le monde. Un tel Amour libérateur ne contient aucun attachement vis-à-vis de l'homme ; simple instrument momentanément utilisé pour accomplir les oeuvres et le jeu de l'Amour. Ceci est la dernière station de l'Amour. C'est l'Amour ultime, qui implique un total dépassement de l'homme.
Dieu est Amour, et par l'Amour suprême vous devenez une parcelle de ce Dieu d'Amour. Dès lors il n'y a plus pour vous naissance ou mort, car éternellement l'Amour se déversera sur les univers successifs, et éternellement vous qui, dans le suprême Amour, avez perdu votre identité humaine, vous vous déverserez sur les mondes. Fondez-vous dans l'Amour, faites un avec lui. Ne soyez plus l'homme qui capte plus ou moins médiocrement l'Amour, soyez l'Amour qui utilise l'homme. Faire un avec l'Amour, c'est être éternel en la Conscience d'Amour. Votre conscience demeure avec ce qui l'enrobe. Si l’égoïsme humain l'enrobe, elle s'éteint avec la seconde mort qui clôture la vie post-mortem. Mais si la conscience individuelle est fondue dans l'Amour éternel, elle demeure éternellement en lui. Nous avons vu ce qu'était en nous l'animal : cette bête vorace, mue par des instincts divers. Préoccupée par la nourriture, le sommeil, la copulation. Ce mâle ou cette femelle, orgueilleuse ou craintive, aux réactions et jouissances corporelles et viscérales. Attachée à son territoire domestique ou national. Entretenant des rapports de force, et parfois de violence avec les autres animaux. Ayant clairement perçu ce qu'était l'animal en nous, nous avons appris à l'Aimer et à le maîtriser. Ayons maintenant une claire vision de l'homme qui demeure en nous : l’homme c'est cette psyché présente dans le corps, et séparée du corps au moment de la mort physique. Ce n'est pas l'aspect inférieur de cette psyché, peuplée par les pulsions et les instincts animaux. C'est son aspect supérieur qui pense, qui raisonne qui analyse, qui s'émeut, crée les arts et les techniques, qui appréhende le monde par la science et la philosophie. Qui perçoit clairement ce qu'est en lui l'animal et l'homme sait qu'il n'est ni l'un ni l'autre. Il est ce qui perçoit l'animal et l'homme interne. Et qui perçoit tout cela ? C'est la conscience. Sans conscience, pas de perception. La constatation de cette évidence l'amène à comprendre : « Je suis conscience pure ».
Par cette conscience toutes les perceptions internes ou externes, ainsi que toutes les absences de perception sont connues. Or toutes les limitations qui font de nous des créatures se trouvent au niveau des perceptions. La pure conscience en elle-même est infinie, unique, universelle. Cette pure conscience présente en toutes les formes de vie, et présente en nous-mêmes, ne connaît ni la naissance ni la mort. Elle transcende le temps et l'espace, elle est Dieu lui-même. De ce fait, aussi longtemps que notre conscience s'identifie par la pensée à la créature qui est perçue, nous sommes sujets à la naissance et à la mort. Mais lorsque dans la pensée cette identification obnubilante prend fin, la conscience perçoit sa propre nature ; et goûtant le nectar de L'indissociabilité qui la relie la Conscience Absolue de Dieu elle participe à sa gloire et à son éternité.
De la pure Conscience infinie qui demeure en la béatitude de son repos inaltérable, surgit le rêve du monde phénoménal. Dans ce rêve la Conscience infinie se reflète, à la manière de la lune qui se reflète dans la multiplicité des vaguelettes d'un étang.
Par la démultiplication de son propre reflet, la Conscience unique se trouve insérée à la trame de la mouvance phénoménale. Ainsi l'unique conscience devient dans le monde la multiplicité des consciences individuelles. L'Unique devient le multiple, pour permettre au multiple ainsi créé de participer à sa béatitude. Voici pourquoi la Création est un acte d'Amour.
Comment l'Unique peut-il ramener vers lui le multiple et lui permettre de participer à sa gloire ? En déversant sur lui la Grâce de son Amour. Par Amour, Dieu crée le monde ; par l'Amour qu'il déverse sans cesse sur le monde créé, il amène peu à peu les individualités qui le peuplent à l'ineffabilité de l'union mystique. Voici pourquoi Dieu en sa manifestation est amour ; tandis qu'en sa non-Manifestation, il demeure en la Transcendance immaculée de sa pure Conscience. Toute réalisation spirituelle intégrale contient deux aspects complémentaires : le premier aspect consiste à faire l'expérience de l'ineffabilité, qui résulte du fait de se sentir exister en tant que pure Conscience éternelle. Le deuxième aspect résulte du rayonnement vers l'extérieur de l'ineffabilité Divine.
Il est possible d'élargir en nous la capacité de rayonnement de l'Amour Divin, tout en ignorant que ce rayonnement émerge de la béatitude du Transcendant, qui en tant que Conscience pure demeure en nous. Il est également possible de s'absorber dans la transcendance de la Conscience unique et infinie, qui demeure derrière le mental humain, sans faire de l'homme un pôle de rayonnement de la béatitude ainsi obtenue. Ces deux voies sont incomplètes, et une réalisation intégrale résulte d'un double travail pouvant se résumer de la sorte : Conscience Transcendante dans le Non Manifesté, Amour dans le Manifesté..
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